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Démarche/bio

«En quel sens, le paysage visible sous mes yeux n’est-il pas extérieur à, et lié synthétiquement aux autres moments du temps et au passé, mais les a vraiment derrière lui en simultanéité, au-dedans de lui, et non pas lui et eux côte à côte dans le temps»

 

Maurice Merleau-Ponty

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DÉMARCHE

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Pour moi, la musique est ce paysage. Le présent contient les traces du passé et les possibles du futur, en tout temps. Il n’existe pas de présent hors de cette dimension plus vaste. Certaines créations, certaines interprétations l’activent, l’avivent, et rendent notre présence à la simultanéité des temps. Notre rapport au temps, aux traditions et au vivant en ressort vivifié. C’est ce qui anime mon travail de composition au jour le jour.

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Compositeur et multi-instrumentiste (guitare, voix, synthétiseurs et électroniques), je situe ma musique au confluent du trad, du jazz de chambre et de la musique contemporaine. Le territoire, la tradition et les cycles en forment le cœur. Les airs traditionnels, images du passé, dialoguent avec des éléments contemporains (grooves cycliques jazz, improvisation) et une idée du futur (électronique, timbres et tempéraments nouveaux). Ces strates s’entre-influencent.

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Tout a commencé il y a plus de dix ans, avec la découverte simultanée de la filmographie de Pierre Perrault et d’artistes scandinaves qui intègrent leurs musiques traditionnelles à des écritures contemporaines. J’en ai tiré une direction : une musique qui célèbre et interroge notre rapport au territoire, aux héritages et aux cycles qui nous dépassent. En 2015, j’ai fondé l’Oumigmag, ensemble évolutif (du quartet au sextet) qui est mon laboratoire. Nous avons fait paraître Territoires (2017), Habitant (2019), Olomotone (2024) et Ce qui tourne dans l’air (2025). Le travail repose sur le dialogue entre sources traditionnelles et moyens contemporains, et sur la mise en musique d’une relation au territoire et au vivant. Les collaborations au long cours avec les interprètes m’amènent à développer le maillage acoustique-électronique, l’improvisation structurée et les écritures cycliques et répétitives, nourries par mon étude continue auprès du compositeur suisse Nik Bärtsch.

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Cet intérêt pour le territoire a nourri d’autres collaborations, en parallèle de l’ensemble : le spectacle et livre-disque L’estran avec la poète Isabelle Miron, Olomotone avec la danseuse-chorégraphe Wolastoqey Ivanie Aubin-Malo, divers projets avec l’artiste audionaturaliste Thibaut Quinchon (dont l’œuvre et de tous ces êtres…). Avec paysages studio, je développe Devenir mousse, une œuvre immersive inspirée des bryophytes, qui fait suite à La voûte aux intentions, œuvre immersive et générative créée dans une voûte du 18e siècle au Musée de la civilisation de Québec.

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Depuis Territoires, un sentiment d’espace habite ma musique. Il prend aujourd’hui la forme du temps profond : celui qui sculpte le lit des rivières, le relief du territoire, l’âme humaine et nos relations au vivant, celui de la lumière qui voyage des milliers d’années avant de rayonner dans le ciel étoilé, celui qui dépasse l’échelle de nos vies. Il est toujours disponible à nos sens, mais exige un changement dans la qualité de notre attention. Il relativise et vivifie notre rapport au vivant, et il console. Je compose une musique novatrice qui fait entendre simultanément des échos du passé musical, notre présent et un futur imaginé par l’innovation. La poésie, la philosophie et les sciences nourrissent ma pratique, notamment l’écologie profonde telle que pensée par David Abram et Donna Haraway.

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Depuis Ce qui tourne dans l’air, l'écriture cyclique est au coeur de mon écriture. Chaque partie instrumentale joue un cycle de notes, souvent irrégulier, lié aux autres par une subdivision commune. Il en résulte des grooves contemplatifs et énergisants, une texture complexe et mouvante comme des astres qui tournent chacun sur leur orbite. Le croisement de ces orbites, ses nœuds, crée les changements dans la structure. Le lien avec la musique traditionnelle ? La transe, la répétition. Je puise chez les violoneux (Jean-Claude Mirandette, Harry Poitras, Louis Pitou Boudreault, Michel Faubert) ce qui m’inspire le plus : le caractère de transe des motifs répétés, la sonorité ouverte de la modalité, les carrures asymétriques.

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Je travaille aujourd’hui à de nouvelles passerelles avec les airs traditionnels, au maillage de l’électronique et de l’acoustique (granulation, synthèse, séquences intégrées, rôle rythmique de l’électronique en temps réel), à la notation des musiques cycliques et à une médiation lente et poétique du processus de création. J’écris de grandes formes longues, en transformation continue, qui s’écoutent d’un trait ou par parties, toujours plus enveloppantes.

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Au cœur de ma démarche, des procédés qui font coexister les temporalités : celle des airs traditionnels, celle des cycle, celle des timbres électroniques qui anticipent un futur, celle du temps long du territoire

BIO

Né en 1990 dans Lanaudière, Sébastien Sauvageau étudie la guitare jazz au Cégep régional de Lanaudière, la composition à l'Université de Montréal auprès de François-Hugues Leclair, puis l'enseignement de la musique à l'UQAM. De 2020 à 2025, il poursuit l'étude de la composition avec le pianiste suisse Nik Bärtsch, dont la profonde cohérence esthétique marque son écriture et sa carrière. 

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Au sortir de ses études, il fonde l'Oumigmag, quintette de jazz et d'avant-trad qui marie les airs des violoneux québécois à des grooves enlevants. Territoires (2017) remporte le Prix coup de cœur du public au Festi Jazz international de Rimouski. Habitant (2019), double album, figure au palmarès des meilleurs albums de l'année d'Ici Musique et parmi les finalistes du GAMIQ. Ce qui tourne dans l'air (2025), paru chez Ronin Rhythm Records, est noté 9/10 par OndaRock, salué par All About Jazz et retenu parmi les favoris de 2025 de ce magazine.
 

La poésie traverse tout son parcours. Avec la poète Isabelle Miron et l'artiste-imprimeur Guillaume Martel LaSalle, il crée L'estran (2022), livre-disque et spectacle mis en scène par Michel Faubert, qu'il signe comme compositeur, auteur et directeur musical.
 

Son écriture puise dans le répertoire traditionnel comme dans l'écoute du lieu : mélodies transcrites du chant des ruisseaux, électronique, électroniques. Il compose pour la danse, avec la chorégraphe wolastoqey Ivanie Aubin-Malo (Olomotone, 2024) et la chorégraphe Sarah Bronsard Ce qui persiste (à venir) et pour des installations immersives : La Voûte aux intentions au Musée de la civilisation, Devenir mousse au Centre Phi, Le temps des rivières au Parc des Sept-Chutes.
 

Il anime les ateliers Musique cyclique et organise des retraites avec Nik Bärtsch. Il compose actuellement le quatrième album de l'Oumigmag, dont Là où souffle le temps, carnet en six envois postaux, garde la trace.

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